Sebastião Salgado – Gourma-Rharous, Mali, 1985

Gourna-Rharous, 1985

Salgado, Gourna-Rharous, Mali, 1985

Sebastião Salgado est un photographe brésilien, né à Aimorés en 1944.

Tout d’abord tourné vers des études économiques, il change brusquement de voie en 1973, après avoir été recruté par l’Organisation internationale du café (ICO). Il commence alors à s’intéresser à la photographie en autodidacte. Il intègre ensuite les plus grandes agences photographiques, comme Sygma (1974-1975), Gamma (1975-1979) et Magnum (1979-1994).

Sa grande force vient de la prise en compte des aspects économiques et sociaux, ce qui donne à son travail une profondeur peu communne dans le milieu du photojournalisme.

Salgado choisit lui-même ses projets : il travaille toujours en noir et blanc et avec une saturation minimale. Ses sujets sont une observation de la vie de ceux qui vivent et qui travaillent dans des conditions difficiles : migrants, mineurs, victimes de la famine…

« Plus que jamais, je sens que la race humaine est une. Au-delà des différences de couleur, de langue, de culture et de possibilités, les sentiments et les réactions de chacun sont identiques. Les gens fuient les guerres pour échapper à la mort ; ils émigrent pour améliorer leur sort ; ils se forgent de nouvelles existences dans des pays étrangers : ils s’adaptent aux pires situations… »

La photographie que nous vous présentons ici a été prise en 1985 au Mali. Deux grandes mains squelettiques enserrent une tête douloureuse, une sorte de statue funéraire courbée sous le poids de la condition humaine.

La Douleur de Jean Escoula

Jean Escoula (1851-1911) La Douleur

H. 42 ; L. 37 ; P. 34 cm

Paris, musée d’Orsay

Jean Escoula travaille comme praticien pour deux des plus grands sculpteurs du XIXe siècle, Jean-Baptiste Carpeaux et Auguste Rodin, tout en menant sa propre carrière.

La tête de La Douleur est tirée de son groupe La mort de Procris, dont le plâtre paraît au Salon de la Société des artistes français de 1890. Le sujet est inspirée d’un épisode de la mythologie grecque : Procris est mariée à Céphale. Jalouse, elle se cache dans les buissons afin d’épier son mari à la chasse. Voyant une branche bouger, ce dernier croit être en présence d’un gibier et, de son javelot, transperce sa bien-aimée. Escoula isole ici la tête de Céphale, en proie au désespoir après sa terrible méprise.

Le sculpteur se livre ici à un exercice académique : celui de la « tête d’expression ». Tout élève à l’Ecole des Beaux-arts de Paris apprenait alors à rendre l' »expression des passions ». Un concours avait même été instauré en 1760 par le comte de Caylus et les élèves s’y préparaient activement. Cette Douleur se réfère à la Méduse de Canova (1757-1822) ainsi qu’à des groupes sculptés contemporains : le plus âgé des enfants d’Ugolin de Carpeaux (1860) et le jeune Pierre de Wissant des Bourgeois de Calais de Rodin (1885-1886).

Dès 1898, La Douleur est édité en bronze par le fondeur Siot-Decauville. Cependant, l’exemplaire du musée d’Orsay n’est pas une oeuvre d’édition. Ce plâtre a été moulé, comme le montrent les traces du couteau du mouleur, puis retravaillé dans le frais. On y observe même ses empreintes digitales. C’est donc une étape intermédiaire du processus de création, un témoignage précieux sur le travail de l’artiste.

http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/sculpture.html?no_cache=1&zoom=1&tx_damzoom_pi1%5BshowUid%5D=116784

Tête de la Douleur de Auguste Rodin

Auguste Rodin (1840-1917)

Tête de la Douleur

Bronze

H. 21,7 cm ; L. 22,5 cm ; P. 27 cm

Fonte réalisée par la fonderie Alexis Rudier en 1908 suite à une commande de l’Etat français. Déposée au musée du Luxembourg, puis au musée Rodin en 1918.

Les techniques de découpage et d’assemblage ont toujours été employées par les artistes, mais Rodin en fit un usage particulièrement audacieux, n’hésitant pas à exposer des fragments comme des œuvres à part entière. C’est ainsi que la tête de l’un des fils d’Ugolin, qui est aussi celle de L’Enfant prodigue, fut isolée et agrandie vers 1904 pour devenir la Tête de la douleur, qui semble pousser un grand cri de lamentation. L’agrandissement épure les formes en gommant les détails et donne aux œuvres une présence physique plus forte.

Pour Rodin le titre venait presque toujours après la création, et pouvait évoluer au fil du temps : traduite en marbre, cette œuvre est connue sous les titres Jeanne d’Arc, Orphée ou encore Tête de Méduse, qui révèlent tous l’influence du milieu symboliste dans lequel le sculpteur évoluait alors.

http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/sculptures/tete-de-la-douleur-0

La guerre espagnole selon Picasso

Pablo Picasso – 1937 par Laurent Bayet

Guernica, 1937 by Pablo Picasso

« La peinture n’est pas faite pour décorer les appartements : c’est une arme offensive et défensive contre l’ennemi », s’exprime Pablo Picasso en dépeignant Guernica. Œuvre majeure du XXème siècle, elle s’inscrit dans un contexte historique particulier, qui retrace l’horrible tragédie du 26 avril 1937.

En effet, l’Espagne en proie à la guerre civile entre nationaliste et républicain depuis 1936, est à travers le monde dépeinte comme un conflit marqué par une violence sans précédent. La petite ville basque aux commandes d’un bastion républicain va s’illustrer de façon tragique, lorsque le dictateur nationaliste Franco, avec l’aide de l’aviation allemande, pilonne la ville. Né en Espagne, Pablo Picasso (1881-1972) dénonce ce bombardement qui fit près de 2000 victimes dont essentiellement des femmes et des enfants. Peintre engagé contre les états totalitaires alors en pleine expansion en Europe, il se met dès l’annonce de l’attaque, à la réalisation « d’un monument pictural » dans le but de dénoncer cette barbarie.
Ce tableau est avant tout marqué par sa dimension. Mesurant 7,52 m de long sur 3,51 m de hauteur, Guernica est une huile sur toile qui ne passe par inaperçue. La volonté de l’auteur réside essentiellement dans la volonté de marquer les esprits de l’horreur dont l’Homme est parfois capable, au travers d’une peinture gigantesque. Visible aux yeux de tous, Picasso a toujours refusé que son œuvre soit publiée en Espagne, tant que la démocratie ne l’aura pas emporté. Il fut ainsi longtemps exposé au Musée d’art moderne de New York, avant de retourner au musée national de la Reine Sophie à Madrid en 1992.
La toile composée de couleur monochrome met en avant le choix de l’auteur d’accentuer la cruauté de l’événement, en ne laissant place qu’à la mort. Œuvre figurative, elle laisse place à des formes géométriques, dont le cubisme a toujours été l’apanage du peintre. Les couleurs sont mornes (noir, blanc et bleu) et démontre que l’auteur cherche à véhiculer un message fort : celui du deuil. C’est aussi la résultante d’une époque qui met en exergue l’actualité dans ses tons et on pourrait peut être distingué, une œuvre qui veut être vu, à l’exemple des photographies de journaux.

L’œuvre découpée en triangle, possède trois parties majeures. Dans une volonté d’immortaliser ce triste jour, il renverse les pratiques traditionnelles d’une lecture de toile, en invitant le spectateur, à commercer par la droite. En effet, tous les personnages regardent vers la gauche, excepté le taureau qui regarde vers le lecteur.

L’œil du spectateur est d’abord attiré par la lampe au sommet, qui domine la pièce. Cette lampe est un « trompe l’œil », qui cherche à éclairer l’événement dans l’espoir d’un possible renouveau. Sur le coté gauche, on y voit le symbole de l’oppresseur nationaliste caricaturé dans la plus virulente des icones espagnoles : le taureau. Juste en dessous, se profile une femme aux seins dénudés. Depuis la Renaissance, c’est le symbole de la fécondité qui est repris ici par Picasso pour exprimer l’effet inverse ; on a une femme la tête levée vers le ciel hurlant de douleur (langue pointue = cri strident et intense), dont les yeux ont la forme d’une larme. Elle porte dans ses bras un enfant mort, victime innocente de ce conflit. Le renouveau demeure impensable.
Sur la partie basse du tableau, figure un homme mort (les yeux ne sont plus alignés), démembré, dont il ne reste que la tête et un bras d’une part, et le deuxième bras de l’autre. Ce dernier tient dans sa main une épée brisée, témoignant de la différence du rapport de force qui était en quelques sortes inéluctables entre nationaliste et républicain. L’allégorie de la fleur montre la fragilité de la vie.
Sur la partie centrale, le cheval domine. Propre à Picasso, ce symbole représente le peuple républicain, et la victime innocente, comme l’enfant, de ce conflit. Devant la gueule de l’animal, se profile une colombe effacée dans l’ombre, donnant l’idée qu’un traité de paix n’est pas envisageable et que tout espoir est perdu. Entre la tête du cheval et le bras du républicain mort, on a une image très nette du « no man’s land » qu’est devenue la ville, et encore plus loin l’Espagne, en désarticulant complètement le corps du pauvre animal.
Un peu plus à droite, une bougie et un fantôme étonné sorte d’une fenêtre. Témoin privilégié du conflit, la communauté internationale est symbolisée par son inaction dans la peau de ce spectre, tout en essayant de mettre en lumière ce qui se passe par une bougie, symbole d’espoir.
Entre espoir et horreur, se profile une femme en bas à droite, dont la jambe brisée démontre sa force de caractère en regardant vers la lumière, preuve que tout n’est pas perdu. La liberté se doit de triompher. Enfin le dernier élément du tableau est cette maison en flamme en haut à droite. Une guerre n’est jamais propre, mais le bombardement de Guernica fut le théâtre d’opération visant à tester les nouvelles armes allemandes dont les fameuses bombes incendiaires, mis en scène par la maison en flamme sur cette toile. Le personnage essayant d’en sortir pris Dieu de venir l’aider en levant les mains vers le ciel.
Ce tableau est encore aujourd’hui un emblème contre la guerre, dont une reproduction existe toujours à New York au conseil des Nations Unis. C’est un véritable symbole, finalisé seulement un mois après la tragédie, mais qui demeure accessible à tous par des allégories simples à déchiffrer, qui en fait une œuvre universelle.

http://www.histoiredelart.net/analyses/guernica/picasso_guernica.html

La colonne brisée de Frida

La colonne brisée de Frida Kahlo

" La colonne brisée" 1944 - huile sur toile montée sur masonite - 40x30,7 cm - Museo Dolores Olmedo, Mexico .

 

Frida KAHLO est née en 1907 au Mexique et est morte en 1954. À 18 ans, le 17 septembre 1925, Frida prend le bus pour rentrer chez elle après ses cours. Soudain, l’autobus sort de la route et percute un tramway. Plusieurs personnes trouvent la mort lors de l’accident. Frida, elle, est grièvement blessée. Son abdomen est transpercé par une barre de métal qui transperce également son vagin et l’empêche donc de donner la vie, sa jambe gauche subit un grand nombre de fractures, onze au total. Son pied droit est également cassé. Le bassin, les côtes et la colonne vertébrale sont eux aussi brisés. Elle reste alitée pendant trois mois, dont un mois à l’hôpital. Mais environ un an après l’accident, elle doit retourner à l’hôpital, car on remarque qu’une de ses vertèbres lombaires est fracturée. Frida sera alors contrainte de porter durant neuf long mois des corsets en plâtre. C’est alors qu’elle commence à peindre. Pour l’aider, ses proches placent un baldaquin au-dessus de son lit avec un miroir pour ciel. Elle peut alors se servir de son reflet…

 

 

La colonne brisée est un autoportrait. Elle représente Frida Kahlo, qui est l’auteur de l’œuvre. Elle date de 1944.   Dans cette œuvre, Frida est dans un paysage désertique, les larmes aux yeux, le corps perforé de clous et entrouvert pour laisser apparaître une colonne en pierre fragmentée qui lui tient la colonne vertébrale. Elle exprime sa douleur avec les clous et le corset qu’elle porte du à son accident étant plus jeune. Malgré les larmes son visage est impassible.L’objectif de Kahlo est de montrer sa souffrance. Celle-ci est représentée par les larmes, son corps déchiré et le paysage dépourvu de couleur, la colonne en pierre qui la soutient. La douleur est donc omniprésente. Elle peint donc cet autoportrait pour s’en libérer.

http://www.dissertationsgratuites.com/dissertations/Frida-Kahlo-La-Colonne-Bris%C3%A9e/337640.html